Construire l’avenir pour les enfants d'Haïti

Après un an d’aide d’urgence apportée aux victimes du tremblement de terre dévastateur, SOS Villages d’Enfants en Haïti veut désormais contribuer à une véritable reconstruction. Un gros challenge en perspective, car la situation est difficile et beaucoup de choses prennent plus de temps qu’espéré.

Mais les enfants d’Haïti ont besoin de perspectives d’avenir et de sécurité. Au cours des douze mois passés, SOS Villages d’Enfants a nourri jusqu’à 24 000 enfants, a pris en charge de nombreux enfants, médicalement et psychologiquement lorsqu’ils en avaient besoin, et les enfants dont la situation familiale n’était pas clarifiée ont été temporairement accueillis dans les familles SOS.

Début 2011, les premiers programmes permanents verront le jour, notamment une école dans des containers  et un nouvel emplacement aux Cayes qui accueillera des enfants placés hors du foyer familial. SOS Villages d’Enfants a prévu qu’il faudra jusqu’à dix ans pour réaliser l’ensemble de son programme de reconstruction.

Un accord correspondant avec le gouvernement d'Haïti – condition sine qua non - devant encore être trouvé. Louianne, mère SOS au village d’enfants de Port-au-Prince en Haïti, se souvient bien encore du Noël de l’année passée : "J’ai commencé à travailler comme mère SOS dans cette maison en décembre, huit enfants vivaient ici avec moi.

La paix de Noël aura duré jusqu’au 11 janvier exactement." Le jour   suivant, un tremblement de terre a réduit la capitale Port-au-Prince du pays considéré comme le plus pauvre de l’hémisphère ouest en cendres, ainsi que d’autres localités. 230 000 personnes ont péri et les infrastructures centrales déjà affaiblies auparavant ont été détruites.

Suite à quoi la famille SOS de Louianne s’est agrandie et a compté jusqu’à 29 enfants, des enfants qui avaient perdu leurs parents et leurs frères et soeurs, des enfants dont on ne savait pas s’ils avaient encore de la famille, des enfants dont les parents étaient momentanément complètement dépassés par la situation.

Aujourd’hui, Louianne a encore 20 enfants à sa charge. Un an après la catastrophe du 12 janvier 2010, force est de constater que l’aide n’a pas été suffisante, loin de là, pour pouvoir améliorer fondamentalement les conditions de vie des Haïtiens.

La plupart des organisations d’aide humanitaire, dont SOS Villages d’Enfants, continuent d’apporter une aide d’urgence et doivent sans cesse réagir à des situations de crise, comme le hurricane Tomas et l’éruption du choléra.

"Les besoins de la population haïtienne dépassent de loin l’aide d’urgence", dit Dionisio Pereira, directeur de SOS Villages d’Enfants en Haïti. Malgré les efforts intenses réalisés par d’innombrables ONG internationales et locales, par des gouvernements, par les autorités haïtiennes et par des organisations multilatérales, comme l’ONU, il n’a pas encore été possible de commencer une reconstruction systématique, ni d’apporter la sécurité économique et sociale aux Haïtiens.

Les raisons de cet état de fait sont diverses et complexes. L’étendue des ravages, des dizaines d’années de crise politique et une pauvreté profonde font de cette reconstruction une entreprise gigantesque qui prendra des années, pas seulement du point de vue matériel.

Le but à atteindre absolument est que la population d’Haïti soit à nouveau à même de prendre sa propre existence en main. Pour le bien de la population d’Haïti et surtout celui des enfants, tous les décideurs et acteurs – du gouvernement d’Haïti aux pays donateurs, en passant par les communes au niveau local – doivent participer sérieusement et de manière concentrée à la reconstruction.

Après sa visite en Haïti en octobre, Helmut Kutin, Président de la Fédération SOS Villages d’Enfants, a déclaré : "Nous devons accepter qu’il n’existe pas de solution rapide à la situation actuelle en Haïti.

Mais nous devons avancer, suivre clairement notre programme de reconstruction, pour donner aux gens la force de s’aider eux-mêmes. Toutefois, ce processus prendra plus de temps que nous ne   l’aurions souhaité." Ce qui sera décisif au final, c’est que les citoyens haïtiens soient impliqués dans le réaménagement de leur pays, avec l’aide de la communauté internationale et sous la direction d’un gouvernement haïtien fort. Pour SOS Villages d’Enfants, il est indispensable que toutes les décisions sociales essentielles aient pour fondement les intérêts et les besoins des enfants.

La protection des enfants avant tout

SOS Villages d’Enfants s’engage prioritairement pour le bien-être des enfants et pour assurer leur protection, surtout pour enfants ne pouvant pas vivre dans leur famille et/ou vivant dans des conditions particulièrement précaires. Malheureusement, cela concerne beaucoup trop d’enfants en Haïti. Les conditions de vie de milliers d’enfants sont alarmantes.

Elles l’étaient déjà avant le séisme et elles le sont encore aujourd’hui. Il a certes été possible d’améliorer de manière significative l’alimentation, les soins médicaux et l’accès à de l’eau non polluée ; des progrès ont également été réalisés dans le domaine de l’éducation, mais les enfants continuent d’être exposés en premières lignes à d’énormes risques potentiels, essentiellement dans les immenses camps de réfugiés où plus d’un million de personnes doivent vivre.

Les signes indiquant une augmentation de la violence, des abus et de leur exploitation se multiplient de manière inquiétante, dans un pays où le nombre d’enfants victimes de violences physiques ou psychologiques était déjà estimé à 1,2 millions avant le tremblement de terre.

Quelles actions l'organisation SOS Villages d’Enfants a-t-elle entreprises depuis le séisme ?

Le programme d’aide d’urgence et de reconstruction en Haïti est le deuxième plus grand projet d’aide réalisé par SOS Villages d’Enfants dans un pays, après l’aide aux victimes du Tsunami. L’ampleur des dons internationaux qui s’élèvent à environ 52 millions USD est également comparable à l’élan de solidarité en faveur des sinistrés de la catastrophe du Tsunami.

Depuis 1979, SOS Villages d’Enfants est active en Haïti. Avant le tremblement de terre, plus de 4 000 enfants avaient reçu de l’aide dans nos deux lieux d’implantation, un situé à Port-au-Prince et un au Cap Haïtien. Cette aide concernait la prise en charge hors du foyer familial d’enfants privés de prise en charge parentale, la scolarisation, la formation et le renforcement des familles par le biais de divers programmes sociaux.

Depuis le séisme, le chiffre d’enfants aidés s’est multiplié. A elles seules, les familles SOS du village de Santo ont accueilli plus de $00 enfants non accompagnés. Entre-temps, plus de 150 enfants ont pu rejoindre leurs familles et continuent de recevoir de l’aide au besoin, sous forme de programmes de renforcement des familles. 40 enfants supplémentaires ont été admis au Cap.

Les centres communautaires et sociaux de SOS Villages d’Enfants ont été aménagés, aujourd’hui, il y a plus de 100 emplacements qui distribuent des repas et qui servent quotidiennement jusqu’à 14 000 repas chauds à des enfants. Aux moments les plus critiques, ils étaient 24 000. L’école SOS de Santo a presque doublé ses capacités en accueillant 900 élèves. Les cours se déroulent en deux "équipes" successives.

Les premiers projets de reconstruction démarrent en 2011

SOS Villages d’Enfants s’est fixé dix ans pour réaliser l’ensemble de son programme de reconstruction. La majeure partie des investissements financera des projets de reconstruction, la formation du personnel local, le renforcement des structures nationales ou des autorités nationales. L’accent sera mis sur l’encadrement et la sécurité des enfants, le renforcement des familles, l’éducation, l’augmentation des ressources dans les domaines sociaux et de l’éducation.

Début 2011, SOS Villages d’Enfants transformera progressivement l’aide d’urgence en un programme permanant. Il est prévu de fermer graduellement les centres de distribution alimentaire et de développer à leur place l’aide aux familles en centres communautaires permanents.

A long terme, 5 000 à 6 000 enfants seront concernés. Une analyse de grande envergure a montré qu’il y a besoin de plus de places hors du foyer familial, car de nombreux enfants n’ont plus personne qui puisse s’occuper d’eux à long terme et il n’existe pas suffisamment de possibilités de placement dans des structures d’accueil de type familial en Haïti. C’est pourquoi après Santo et le Cap, un programme démarrera aux Cayes pour les enfants pour qui cette structure d’accueil est la mieux adaptée, ou pour lesquels il n’est pas possible de trouver une autre alternative de placement. La plupart du temps, il s’agit de frères et soeurs qui seraient séparés autrement s’ils étaient placés hors du foyer familial.

Les Cayes proposera des programmes sociaux de grande ampleur aux familles défavorisées, tout comme les deux autres emplacements de SOS. En raison de la situation bureaucratique difficile, dans un premier temps, SOS Villages d’Enfants construira à partir de juin 2011 une école dans des containers sur le terrain du village d’enfants SOS de Santo. Cette école pilote pourra accueillir 450 élèves. Des méthodes d’enseignement seront établies en collaboration avec l’université de Port-au-Prince, tout comme un programme scolaire.

Conclusion d’un contrat avec le Ministère indispensable

Une demande concernant la construction de dix nouvelles écoles a été déposée au Ministère de l’éducation. L’Etat assurera la direction de ces écoles au bout de sept ans. La formation des professeurs est essentielle pour pouvoir améliorer fondamentalement le système éducatif. SOS Villages d’Enfants offre également son aide au Ministère haïtien dans ce domaine.

Des experts envoyés par SOS Villages d’Enfants pourraient former des professeurs haïtiens dans les écoles SOS. Dans le cadre d’une coopération avec le Ministère de l’Education, la construction d’un Institut de pédagogie serait aussi envisageable. Les problèmes dans le domaine de l’éducation sont urgents, car, comme l’a dit un  bénévole dans un centre SOS de distribution de repas : "Maintenant, les enfants ont aussi besoin de nourritures spirituelles, pas seulement de calmer leur estomac."

SOS Villages d’Enfants souhaite aussi conclure un accord ce coopération ave le Ministère des Affaires Sociales. SOS Villages d’Enfants a offert son aide, conjointement à celle d’experts, pour évaluer la qualité de la prise en charge dans les orphelinats et dans les autres programmes d’accueil ; pour faire des recommandations concernant la transformation d’institutions non adaptées aux enfants et les transformer en programmes de plus petite taille, s’inspirant du modèle familial ; et pour implanter des normes de qualité au niveau national et les contrôler.

Etant donné que le résultat définitif des élections présidentielles ne sera pas connu avant février 2011, SOS Villages d’Enfants ne s’attend pas à ce que le contrat soit signé rapidement. C’est cependant une condition sine qua non pour passer à la phase concrète de construction des écoles en projet.

Que souhaite Louianne, mère SOS, pour 2011?
"Que mes enfants restent en bonne santé et que nous puissions continuer de vivre ici."