Action urgente requise pour protéger les enfants au cœur de la crise en Ukraine et en prendre soin

Ukrainian mother and child

La guerre en Ukraine bouleverse la vie de millions d’enfants et sépare des familles. Selon l’UNHCR, plus de 1,7 million de personnes ont fui l’Ukraine depuis le début du conflit, le 24 février dernier. De plus, parmi les personnes déplacées, on compte 500 000 enfants, selon l’UNICEF.

La situation est particulièrement désespérée pour les 160 000 enfants ukrainiens qui bénéficient d’une protection de remplacement. Ils sont exposés aux dangers des combats terrestres et des bombardements, souvent sans la présence d’adultes sur qui ils peuvent compter.

Les enfants qui vivent dans des institutions comme des orphelinats et des pensionnats comptent parmi les plus vulnérables. Même avant la guerre, il était clair que les soins institutionnels peuvent porter atteinte au bien-être et au développement des enfants, car il y manque l’attention et le soutien affectif d’un environnement familial. À cause de la crise actuelle, les institutions ont un manque criant de personnel et peinent à offrir des soins primaires, du soutien psychosocial et une assistance aux enfants ayant une déficience. Par conséquent, dans ces milieux, les enfants sont exposés à un risque accru de violence et de négligence, ils se retrouvent isolés et ont très peu de chances d’être évacués.

Cinq priorités immédiates de l’intervention d’urgence en Ukraine

Face à cette catastrophe humanitaire, la fédération de SOS Villages d’Enfants invite la communauté internationale ainsi que ses partenaires et sympathisants aux vues similaires à unir leurs efforts, afin de veiller à ce que les enfants qui ont perdu leur soutien parental et ceux à risque de le perdre demeurent en sécurité et reçoivent les soins dédiés dont ils ont besoin.

Nous croyons que les interventions devraient être axées sur les cinq priorités suivantes :

1. Maintien de corridors humanitaires et application des règles du droit humanitaire international dans les conflits armés qui concernent les enfants (surtout en vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant et de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre).

Selon le réseau ukrainien pour les droits des enfants, les troupes russes sur le territoire de l’Ukraine n’ont pas permis l’évacuation de la population touchée par le conflit, violant ainsi scandaleusement les droits fondamentaux des enfants de vivre et de survivre. Pendant les sept premiers jours de la guerre, 21 enfants ont été tués et 55 ont été blessés. La communauté internationale doit tenir les forces armées responsables d’avoir ciblé des civils, surtout dans des hôpitaux, des services de garde d’enfants et des établissements d’enseignement, et elle doit faire le nécessaire pour mettre un terme à ces attaques.

Stuffed toys amidst the devastation

2. Évacuation immédiate des enfants qui se trouvent dans des institutions, en première ligne entre les forces armées en conflit en Ukraine.

Des milliers d’enfants sont pris dans des institutions sous les bombes et sans parent ou aidant pour leur donner des soins et de l’affection et pour les protéger. Ces enfants représentent l’un des groupes les plus menacés, exposés à un risque élevé de négligence, de violence et de trafic. Dans la plupart des cas, ils ont peu de chances de fuir et ils peinent à recevoir des ressources de base.

Notre personnel a identifié à Kyiv au moins trois institutions pour enfants de 0 à 4 ans, dont beaucoup de bébés et de bambins. Nous avons également vu des cas d’enfants abandonnés dans des institutions, car leurs aidants se sont sauvés de la guerre… sans eux.

3. Offre d’une aide humanitaire vitale, dont un soutien psychologique et psychosocial, aux enfants touchés par la guerre et à leurs familles ou au personnel des structures de protection de remplacement, autant sur le territoire ukrainien que dans les pays environnants.

L’accès à de la nourriture, à un refuge et à des soins médicaux est précaire et doit être garanti dans le cadre d’une assistance humanitaire. En plus de ces services fondamentaux, les programmes de soutien psychologique et psychosocial, alignés aux Directives de l’IASC sur la santé mentale et le soutien psychosocial, doivent être intégrés à l’intervention d’urgence dès que possible.

Entre les bombardements, un psychologue de SOS Villages d’Enfants Ukraine enseigne par le jeu aux enfants à se cacher et à réagir aux attaques afin de minimiser les traumatismes psychologiques. Tous les enfants en situation de détresse ont besoin d’un soutien psychosocial, qu’ils soient en Ukraine ou dans les pays qui accueillent des personnes réfugiées.

4. Offre d’un refuge et de soins d’urgence de qualité à tous les enfants et adultes qui fuient la guerre.

Le nombre de civils qui fuient leur maison pour se protéger continue d’augmenter, et selon les projections, on s’attend à ce qu’il y ait de 4 à 7 millions de personnes réfugiées (estimations de l’UNHCR et de l’Union européenne [UE]). Parmi elles, beaucoup sont des enfants, avec ou sans parent ou aidant ayant leur garde, comme des membres de la famille proche ou des responsables de familles d’accueil.

Notre personnel dans les pays voisins s’affaire à offrir des soins à autant d’enfants que possible et à les protéger. Nous communiquons également avec des partenaires afin d’élargir la portée de notre action.

Displaced Ukrainian children and adults in a shelter

Sur le terrain, les besoins dans l’immédiat sont notamment :

  • des espaces appropriés où les enfants peuvent jouer, apprendre et s’exprimer, pour qu’ils puissent surmonter le traumatisme dont ils sont victimes et rebâtir leur vie;
  • une protection de remplacement provisoire conforme aux lignes directrices des Nations Unies relatives à la protection de remplacement pour les enfants, qui comprennent l’intervention de professionnelles et professionnels (par exemple, spécialistes qualifiés des soins en familles d’accueil et en institutions, interprètes et psychologues), afin d’accompagner les enfants sans soutien parental qui fuient l’Ukraine;
  • la protection des liens des enfants avec les membres de leurs familles ou avec leurs aidants désignés, en facilitant notamment le processus de réunification et en évitant la séparation des frères et sœurs lorsque les enfants ont perdu leurs parents et doivent être placés sous protection de remplacement;
  • une aide financière et des bons d’échange pour les familles affectées;
  • un soutien psychologique et psychosocial pour les enfants, les familles et le personnel.

5. Plans à moyen et long terme pour que les enfants puissent exercer leur droit d’avoir des soins de qualité et d’être protégés, en Ukraine et dans les pays qui reçoivent des enfants déplacés, notamment en réorganisant les systèmes rendus inopérants qui assurent la protection des enfants, leur protection de remplacement et leur éducation.

La situation des enfants qui vivaient dans des institutions en Ukraine et qui ont été abandonnés pendant la guerre montre l’extrême vulnérabilité des enfants qui ont perdu leur soutien parental en l’absence de systèmes de garde et de protection de qualité. SOS Villages d’Enfants travaille avec le réseau national pour les droits des enfants et le gouvernement de l’Ukraine afin d’élaborer une stratégie nationale de désinstitutionnalisation depuis 2016. Cependant, la guerre a brutalement interrompu la réforme des systèmes de garde d’enfants.

La communauté internationale, les administrations publiques et la société civile doivent travailler en étroite collaboration, afin d’offrir aux enfants touchés par la guerre un accès continu à une protection de remplacement de qualité, au renforcement des familles et à une éducation, dans le cadre d’interventions d’urgence mais aussi de plans à plus long terme visant à rebâtir de solides systèmes de garde et de protection.

Nous saluons la décision récente de l’UE d’offrir une protection temporaire aux enfants, familles et aidants déplacés dans les pays d’arrivée. Toutefois, les États membres de l’UE doivent se partager la responsabilité de donner à ces enfants accès à un éventail de soins et de services essentiels à long terme, notamment une éducation et une protection de remplacement en milieu familial ou communautaire.

De plus, les États membres de l’UE doivent renforcer les systèmes d’asile et d’accueil aux frontières par des mesures prévenant la disparition ou le trafic d’enfants, améliorant les placements en structures de soins et de garde de qualité, et assurant un accès complet aux services à tous les enfants, peu importe leur statut.

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Canadians wishing to support SOS Children's Villages emergency response programs are encouraged to Donate to SOS MAYDAY.