Les combats qui ont éclaté le 6 avril à Bukavu et dans les collines qui entourent la ville, opposant des milices locales à des rebelles Mayi-Mayi, lesquels contrôlent la région, ont duré toute la nuit du dimanche au lundi. Les enfants et les collaborateurs du village d'enfants SOS, qui avaient passé le dimanche à l'extérieur du village, n'ont pu rentrer que le lundi. Lundi, les habitants ont reçu la consigne de ne pas quitter leur domicile, personne n'est allé travailler. Depuis mardi, la situation est revenue plus ou moins au calme dans le centre ville; la présence massive de l'armée se limite aux collines de Karhale autour de Bukavu pour prévenir une nouvelle attaque de groupements de rebelles. On entend régulièrement des détonations.
Entre-temps, l'armée s'est installée au village d'enfants SOS, l'école primaire, le jardin d'enfants et le centre médical font office de campement pour les soldats. Il n'y a toutefois pas d'agressions. Hormis quelques traces de projectiles sur la maison du directeur du village, le centre médical et une maison familiale, l'infrastructure est intacte. Les bureaux, où campent également des soldats, ne peuvent pas être utilisés pour le moment. L'ensemble des collaborateurs, mis à part le directeur du village, les mères SOS et les aides familiales, ne peuvent pas venir travailler. Tous les jeunes qui vivent d'habitude au foyer de jeunes SOS de Bukavu ont été placés temporairement dans d'anciennes familles SOS pour des raisons de sécurité.
***
La République démocratique du Congo est l'un de ces pays où la population a été plongée dans une misère inimaginable par des années de guerre civile entre divers groupes rivaux, sous l'ingérence de nombreux pays voisins. Les chiffres de cette tragédie humaine d'ampleur historique parlent d'eux-mêmes: 2,5 millions de morts et des centaines de milliers de réfugiés depuis 1998. Grâce à la conclusion d'un accord de paix l'année passée, il a été possible de stabiliser la situation en partie, le nord et l'est restent toutefois le théâtre d'affrontements.
L'engagement de SOS Villages d'Enfants en faveur des enfants en détresse a commencé il y a 15 ans dans l'ex-Zaïre. Le premier village d'enfants SOS a été construit à Bukavu en 1988, d'autres institutions sociales ont suivi. Depuis le milieu des années 90, des troubles et des conflits armés répétés ont un impact négatif sur la vie des enfants et des collaborateurs de SOS Villages d'Enfants. Les institutions de SOS Villages d'Enfants ont été assiégées en partie à plusieurs reprises. En 1997, un programme d'aide d'urgence SOS destiné aux orphelins de la guerre et consistant en un village d'urgence d'une capacité d'accueil de 200 enfants, un jardin d'enfants, une école, un foyer de jeunes et une clinique a été mis en place à Uvira à l'est du pays. La construction d'un village d'enfants SOS permanent prévue pour 2001 n'a pas pu être réalisée jusqu'à maintenant en raison de la situation incertaine.