05/03/2007 - Environ 70 000 familles sont touchées par les pires inondations que la Bolivie ait connues depuis 25 ans. Nombreuses sont les familles qui ont dû abandonner leur foyer et tout ce qu'elles possédaient. La semaine dernière, le président Evo Morales a déclaré l'état d'urgence à l'échelon national. SOS Villages d'Enfants apporte son aide aux familles des régions rurales touchées par les inondations sous forme de paquets d'urgence et de garderies pour les enfants. Alfonso Lupo, directeur national de SOS Villages d'Enfants Bolivie, témoigne de la situation actuelle des familles et des enfants touchés par les inondations dans les départements de Santa Cruz et Beni.
Les enfants et les familles touchées par les inondations ont dû quitter leur maison. Où vivent-ils et dans quelles conditions?
Alfonso Lupo: Beaucoup de familles et d'enfants des régions inondées se sont regroupés sur les autoroutes et sur une sorte de digue dans le centre ville de Santa Cruz. Tous vivent, cuisinent et passent leurs journées dans un lieu surpeuplé. Toutes les écoles ont été reconverties en centres d'urgences, les cours n'ont donc pas lieu. La concentration des personnes facilite certes le travail d'aide d'urgence mais il entraîne d'autres problèmes et provoque des conditions précaires.
Quels sont les conditions d'hygiène et les problèmes sanitaires?
Alfonso Lupo: La situation est très critique et vraiment préoccupante. Ce pays au climat tropical avec des températures excédant les 30 degrés est désormais entouré d'importantes masses d'eau dues aux inondations. La grande concentration de personnes et les déchets qu'elles rejettent augmente la pollution de l'eau. Des maladies transmises par l'eau insalubre et par les insectes aquatiques risquent de se déclarer et de se propager. Nous redoutons les maladies gastro-intestinales mais également la dengue et la mayaro, un virus transmis par les moustiques et caractérisé par une forte fièvre et par des douleurs dans tout le corps.
De quelle façon la vie de famille est-elle affectée?
Alfonso Lupo: La vie a complètement changé pour les familles et pour les enfants qui ne se soucient désormais que de survivre. Ils rêvent de retourner chez eux et de reprendre leur vie d'avant. Mais cela ne va sans doute pas être possible. S'ils n'ont pas les moyens de reconstruire leur maison et de reprendre une activité pécuniaire, ils devront être relogés...mais où et avec quels moyens? Que va-t-il se passer quand ils s'apercevront qu'ils n'ont plus rien? Les familles risquent de se désagréger, c'est pourquoi il est indispensable que les habitants puissent d'abord subvenir à leurs besoins en reprenant une activité pécuniaire. Pour l'instant, les familles sont encore unies et SOS Villages d'Enfants veille à ce que cela perdure. Nous avons d'ailleurs baptisé notre programme d'aide ''les familles aident les familles''. Les enfants ont plus de chance de s'épanouir si les familles restent intactes.
Quelles aides d'urgence sont encore nécessaires?
Alfonso Lupo: Les personnes touchées par les inondations ont toujours besoin de l'aide d'urgence et elles sont notre priorité actuelle. La situation est beaucoup plus grave que nous ne le pensions et empire de semaine en semaine. De nombreuses mesures d'aide d'urgence ont été prises par les autorités et par d'autres ONG. La logistique s'est avérée difficile et contraignante et il devient de plus en plus laborieux d'atteindre les victimes en raison des inondations.
Quelles sont les conséquences à long terme auxquelles il faut s'attendre?
Alfonso Lupo: D'autres problèmes d'urgence tout aussi graves et compliqués vont succédé aux inondations. Les habitants ne vont se rendre compte de l'étendue de leurs pertes qu'après la décrue des eaux. Nous tenons à souligner que le désastre va se révéler beaucoup plus grave et que les habitants vont avoir besoin d'aide pour se reconstituer des biens matériels et pour reprendre une activité pécuniaire. Ces personnes étaient déjà pauvres avant la catastrophe et les inondations leur ont élevé le peu qu'elles avaient. Que va-t-il rester et que vont faire ces personnes ultérieurement? L'impact de cette catastrophe va se révéler énorme dans les régions habitées par les éleveurs, pour les gros éleveurs de bétail bien sûr, mais aussi pour les éleveurs beaucoup plus pauvres qui gagnaient leur vie avec cinq à dix vaches et par d'autres formes d'agriculture. Les autorités songent à reloger les habitants dans d'autres régions du pays.